mercredi, 01 avril 2009
Un adieu dans les larmes.
J'ai fais un rêve, hier. J'étais allongé dans un canapé. Au milieu d'une pièce. Les couleurs sont safran, jaune, rouge, blanc. Le ciel, à travers les fenêtres derrière moi, est bleu. Le mur, en face des fenêtres, est bêtement affublé d'une porte qui n'a rien d'autre à faire qu'être entrouverte. Là, Raphaël entre. Différent. Changé. Je veux parler, il me dit "chut". C'est lui qui parle, mais je ne sais plus très bien les mots. C'était sur l'Impossibilité. Le "trop tard". L'Adieu. Il se penche sur moi, et je me mets à pleurer. Je pleure, parce que je comprends que, désormais, je vais l'oublier. Pas comme cela, si vite. Non, petit à petit.
Depuis cette nuit, je l'oublie.
Il m'a embrassé alors que je pleurai. Puis il est reparti. Fier et serein.
Mes larmes coulaient difficilement. Mais c'est lorsque j'ai regardé dehors, sur la place qui s'encadrait de bâtiments belges, et que je l'ai vu dans la foule, que je me suis emporté dans les vagues. Une foule d'hommes. Beaux, nombreux. Lui, il s'est retourné. Et il s'est plongé dans la masse, avec un sourire triste. C'est vrai, je m'en souviens encore, à cet instant. Il s'est effacé peu à peu.
Alors voilà; Raphaël est parti.
jeudi, 05 février 2009
"Ocean's Songs"
La mer. Elle est belle à regarder pour moi; mais je n'irais pas dessus. J'ai la trouille. Et trop de respect aussi, je pense. Je crois que toute cette eau m'angoisse. C'est l'expression même de la nature maîtresse, joueuse, et indomptable. Que ferais-je sur un bateau à part me pisser dessus de peur. Alors, je la regarde. Je la contemple; je suis à ces instants animé d'un désir profond, mais refoulé dans les abysses de la passion, mort de trouille à l'idée d'être englouti, avalé par les Titans.
Et combien y en a-t-il de ces maîtres des vents et des houles? Et combien, plus nombreux encore, sont ceux qui se sont présentés à eux, décidés à franchir ces territoires, minuscules entre les caprices de la mer?
Les vents, les vagues, les océans les crachent dans nos ports, mais ce n'est que pour mieux les revoir parcourir leurs étendues, acharnés et combattants, aventuriers d'Hier et d'Aujourd'hui.
Je crains ce Poséidon. Je courbe devant sa puissance et sa majesté. Puis, je rentre chez moi, courbant l'échine de ma fierté, hanté jusqu'au fond de mon âme par la Révélation toujours renouvelée des Océanides.
Tous ces noms de marins, d'océans, de caps, de mer et de vents résonnent dans mon esprit comme des contrées lointaines qui ne sont autorisées, qui ne sont accessibles au gros chat langoureux, lové entre deux bouquins, que je resterais. Je me contente de lire et d'imaginer. Et, peut être, qu'ainsi c'est bien.
mardi, 27 janvier 2009
Le chat et l'hippopotame
Quelle inconscience! C'est ridicule d'avoir une telle négligence de la petitesse de sa personne. Mais, au fond, c'est Beau.
Chaque nuit, quand je souffle la bougie sur la table, que je rabats la couverture sur ma fatigue, et que j'éteins, enfin, la dernière lampe, le chat me rejoint. Il descend de sa chaise, rythme son court trot d'un pas joyeux et saute sur le lit. Après quelques tours, qui n'ont d'autre dessein que de s'assurer que je dors bien sur la tranche, il trouve un replis large dans la couette et s'y engouffre. Son pellage hirsute, ses moustaches blanches, chatouillent mon dos et mes reins. Puis, après avoir malaxé sans excès le matelas, il se love contre moi.
Quelle inconscience enfin! Je fais plusieurs fois son poids. Il suffirait que, d'un rêve mouvementé, je me retourne et je l'écrase sous une fesse; sans me réveiller, dans un bougonnement, amorphe et complaisant de sommeil innocent.
Pour mon Bonheur, et sans hasard, Dieu a fort bien fait ces choses. Cette petite boule de poils, ronronnant à l'occasion comme une boîte à rythme, éprouve envers moi la confiance d'un amour aveugle, inconditionnel et immesuré. Ma conscience s'apaise alors, et mon inconscient goûte la douceur d'une quiétude spectatrice.
Je revois, dans les images brumeuses du passé, ces sphinx énormes veillant sur les corps chétifs des Pharaons au repos; et mes yeux, bientôt, vont se clore de Bonheur quand je sentirais ce fragile félin soupirer d'aise contre mon ventre chaud.
dimanche, 18 janvier 2009
Les monologues de l'Amant
Moi seul connaissait le son de sa voix. Aussi curieux que cela puisse paraître, il parlait en dormant. Le jour, depuis plusieurs années maintenant, aucun son n'était jamais sorti de sa bouche. La nuit, dans son sommeil innocent, il m'abreuvait de monologues saisissants, troublants et merveilleux, où les recoins de sa mémoire et de ses réflexions s'alliaient aux subtilités de notre langue. J'étais enchanté, tout dévoué à cette harmonie lyrique; je me laissais raconter des rêves et des envies sans éprouver la moindre honte. Au contraire, je me sentais l'improbable prophète d'une révélation unique. Mienne. Mais je n'en dis mot. Au final, plus que lui encore, je me taisais.
vendredi, 25 juillet 2008
Petite chronique (ridicule mais réfléchie) de la vie de Concierge; JOUR III
Je tire, finalement, une certaine satisfaction à me considérer le gardien de ces foyers cotonneux et douillets. Je règne en maître sur la cour où je viens de repousser avec panache une ligue de poussières, feuilles sèches, et plumes de pigeons. Seul, armé d'un balai-brosse, j'ai sué sang et haut dans cette lutte acharnée contre les résidus de saleté qui se sont incrustés (ah, les bandits!) dans le labyrinthe de rainures. Mieux encore, la réception et le tri du courrier font de moi l'improbable Hermès d'un Olympe Haussmannien.
Il faut dire que des concierges célèbres, il y en a eu. Pour ne pas offenser son employeur, citons en premier lieu Saint Pierre lui même; L'Homme aux Clefs de Dieu, le Passe-Partout du Paradis. Et il en est fier, lui aussi. Ne se présente-t-il pas à nous, à travers les âges et sur les fresques, munis de son trousseau personnel, qu'il tient fermement, comme un gosse à qui on aurait proposé de recoudre l'oeil déchiré de sa peluche? Plus vieux encore, je pense à Hadès, barbu morose, frère de Zeus, psychodepressif, et concierge du monde des défunts. Nous avons peu de représentations d'Hadès, à qui on assimilera plus tard, le tout aussi truculent Pluton. Notons que ce nom fut donné à un caillou, là bas, tout au bout du système solaire. C'est dire l'estime que la société porte à ce métier. Quand même.
Demain, à l'instar de Jeanne d'Arc repoussant les Anglais, je refoulerai la poussière des marches vers les sombres abysses de la poubelle.
jeudi, 24 juillet 2008
Petite chronique (ridicule mais réfléchie) de la vie de Concierge; JOUR II
J'écrase ma cigarette dans le cendrier, à l'abri de tous les regards que laisse filtrer la fenêtre de la porte. Nous, tabacophiles, déjà en passe de nous retrouver logés à la même enseigne que les drogués, alcooliques, et autres dépendants notoires et si nocifs à l'ordre public, je ne voudrais pas en plus provoquer l'attirement sur mon humble petite personne des foudres de ces aimables habitants. Déjà, dans les semaines passées, m'a-t-on fait la remarque dans ces murs que je n'étais pas en droit d'abord de fumer, ensuite de stationner sur cette marche, enfin d'être un jeune qui attend. Je n'ai alors pas osé relever que toute personne normalement éduquée peut se présenter agréablement avec un bonjour, constater de toute sa capacité intellectuelle que je n'avais aucune cigarette dans la main, et qu'enfin j'attendais la concierge elle même. Non. J'ai fermé ma grande gueule, offrant (je m'en mords encore les moignons) à ce monsieur Vieux-guindé-au-possible, tout le loisir d'exprimer sur moi sa domination de bourgeois senior et autoritaire.
Je me reproche avec force de ne pas avoir saisi la main tendue de cet homme. Le revoir ainsi dans sa détresse me fend le coeur de là à ici (voir Figure 1). Lui, corrompu jusqu'à l'os par le vieillissement de l'esprit, incapable désormais de raisonner et d'éprouver de l'amabilité pour une génération plus jeune. On m'a tout de même dit qu'ensuite, lorsque je suis rentré retrouver mon chat, il est venu s'excuser en ayant apprit que j'étais le remplaçant de la concierge pour cet été, et qu'il m'avait pris pour un des ces jeunes qui trainent dehors, devant l'immeuble. Ces jeunes là qui fument, qui boivent, qui se droguent, qui nuisent à l'ordre public et qui en plus ne sont même pas chrétiens (les salauds). Donc j'ai raison.
Moi, l'hypocrisie, ça me tue. Tiens, en parlant de ça, je vais m'en griller une.
mercredi, 23 juillet 2008
Petite chronique (ridicule mais réfléchie) de la vie de Concierge; JOUR I
Ce qui frappe d'emblée dans mes nouvelles heures de concierge, ce n'est pas tant l'attente de l'heure du déjeuner, ni l'empathie pour la rentrée des poubelles dans la cour, que la façon dont on me perçoit déjà. Ici, peu de personnes me connaissent tant physiquement que mentalement. Je suis un citoyen lambda, venu remplacer la concierge de leur immeuble. A eux. Le leur. L'indétronable immeuble, centre, très certainement, du dynamisme géopolitique mondial et donc soumis à des règles strictes de protocole auxquelles, hélas, je n'ai pu échapper.
Ici, point d'études universitaires, point de savoir, point d'engouement pour la culture en ce qui me concerne. Je suis concierge et je dois, semble-t-il, me comporter comme tel. Bien que je me sois doté, dès la naissance, d'une estime de moi très profonde, il me suffit de croiser le regard des habitants de l'immeuble pour comprendre qu'ils évaluent mon quotient intellectuel à celui d'un gallinacé quelconque. Je suis ici pour remplir un rôle d'entretien des locaux, rôle dont Dieu semble les en préserver. Constatons aussi que le Seigneur préserve, dans son cynisme, ces Fidèles de chez Fidèles de s'affranchir de tout jugement.
Rassurez vous, je trouve mon réconfort dans un café bien noir, aux arômes suaves, et dans la lecture assidue des oeuvres de l'Empereur Julien, auguste et éphémère concierge de l'Empire Romain, en 360 de notre ère... ou dans ces eaux là.
mercredi, 09 avril 2008
L'arbre de Printemps
Le Vent soufflait froid et sec sur cette partie de la plaine, cette orée de forêt.
Sélène s'appuya contre le tronc, fermant les yeux à la brise. Il passa une main sur son visage, délogeant les quelques flocons qui s'y étaient déposés. Il était dans ce moment fragile où l'on ne sait si l'on doit reprendre son chemin et passer les histoires, ou attendre. Attendre que l'histoire, son histoire, vienne à lui et qu'elle le prenne, comme avant, comme après. Cet instant où l'on se demande s'il faudrait replacer ses pas sur le sentier, ou se laisser glisser contre le tronc, pour s'asseoir, et attendre. Regarder l'horizon. Imaginer le Soleil rougeoyer dans le matin, avec nul autre que soi-même pour témoin. Et puis voir darder les premiers rayons. Se redresser un peu, oreilles bourdonnantes d'un coeur qui joue une musique tonitruante. Et dans un élan de majesté, admirer la coupole dorée apparaître sur la ligne de terre, cheval galopant vers les cieux éclairé, guerrier rayonnant vers la voûte bleutée.
Puis se rasseoir, regarder la course passer. Et sourire aux heures qui descendent dans le corps endormi, l'esprit assoupi.
Le Vent avait cessé de souffler sur cette partie de la plaine, cette orée de forêt.
L'arbre aspirait doucement l'esprit du pâle jeune homme qui s'était appuyé contre lui. Il le lovait dans une chaleur parfumée, dans ses souvenirs sans fruits et sans Soleil, qui s'étiraient au loin, comme un nuage voguant sur l'azur. Puis resurgissant soudain, ils dansaient sous un rayon d'Hiver, pleurant sous un rayon de Lune; agités comme la mer, troubles comme la brume. Un arbre d'une seule saison, un arbre qui ne veut pas mourir; un arbre qui n'en finit pas de compter les souvenirs. A travers les valses rengainantes des visions du monde, Sélène comprit une vie, une seule, et ce fut bien assez. Il comprit et fut troublé. Usé, fatigué. Comme un acteur qui sort de scène. Effrayé par les vivants. Meurtri et admiratif. il se sentait parfum, s'évaporant peu à peu dans l'inconsistance. Abstrait.
Il voulu se lâcher la main.
On le rattrapa.
Tout lui revint soudainement.
Il s'était laissé prendre par un esprit du passé. un esprit des larmes et du regret. Un chemin. Un de ces chemins qui nous mène à nous. Il était lui. Et si seulement il était lui. Si seulement il avait pu être lui dès le début, et finir lui. Sans rien d'autre, dans tout la pureté de l'existence, vide de ces parasites affreux qui empoisonnent et consomment quand il cherche à tracer, dans les flots perdus, le sillon turgescent de sa spiritualité.
lundi, 31 mars 2008
Un Bourgeon sur l'Orchidée
Sélène se réveille plus embrumé que les rues. L'arôme du café, fort et suave, ne dissipe pas les vapeurs du sommeil, et des rêves sans queue ni tête.
Comme lui, le Soleil fainéante dans le velours gris des nuages. Et le chat baille, histoire que tout le monde s'y mette.
La ville remue pourtant. Le monde tourne et continue de tourner, imperturbable et ignorant des tourments mélancoliques qui assaillent les coeurs.
Une cigarette avant la douche. La première. Celle qui dessine des papillons avec les cendres. Celle qui fait des arabesques dans la fumée. Celle qui écoute tout ce qui nous passe par la tête dans une respectueuse attitude spectatrice.
Et puis c'est l'eau chaude, bienfaisante. Les lambeaux du sommeil et des rêves ridicules se décollent avec légèreté pour s'insinuer dans un néant sans intérêt. L'eau chaude. Et le parfum du Lotus.
Pourtant, la mélancolie s'accroche, s'enroule comme un cocon délicat et confortable dans lequel il est si facile de s'étaler, quand la douleur et les larmes crèvent le Printemps.
La serviette autour de la taille, Sélène goûte des morceaux, choisis, de musique pour la circonstance. Et alors qu'il s'emporte dans les notes et les mots, dans une poésie mélancolique, dans un cri du coeur empli de hargne, dans un désespoir sans nom; à ce moment là, ses yeux se posent, il cesse de bouger.
L'Espoir revient, le Soleil et le parfum avec: il y a un nouveau Bourgeon sur l'Orchidée.
mardi, 18 décembre 2007
Les Grands Mots
De mes amis, il en est un qui est écureuil opulent; un autre serait un chien aux instincts de bête. D'autres encore sont coq modeste ou hibou pittoresque.
Moi, je suis éléphant.
Nous partageons peines, passions et rires. Et de chacun je trouve mille choses à dire.
Mais à mes amis, je préfère mon amour qui est comme l'eau claire, sans plus de discours.