mardi, 27 janvier 2009
Le chat et l'hippopotame
Quelle inconscience! C'est ridicule d'avoir une telle négligence de la petitesse de sa personne. Mais, au fond, c'est Beau.
Chaque nuit, quand je souffle la bougie sur la table, que je rabats la couverture sur ma fatigue, et que j'éteins, enfin, la dernière lampe, le chat me rejoint. Il descend de sa chaise, rythme son court trot d'un pas joyeux et saute sur le lit. Après quelques tours, qui n'ont d'autre dessein que de s'assurer que je dors bien sur la tranche, il trouve un replis large dans la couette et s'y engouffre. Son pellage hirsute, ses moustaches blanches, chatouillent mon dos et mes reins. Puis, après avoir malaxé sans excès le matelas, il se love contre moi.
Quelle inconscience enfin! Je fais plusieurs fois son poids. Il suffirait que, d'un rêve mouvementé, je me retourne et je l'écrase sous une fesse; sans me réveiller, dans un bougonnement, amorphe et complaisant de sommeil innocent.
Pour mon Bonheur, et sans hasard, Dieu a fort bien fait ces choses. Cette petite boule de poils, ronronnant à l'occasion comme une boîte à rythme, éprouve envers moi la confiance d'un amour aveugle, inconditionnel et immesuré. Ma conscience s'apaise alors, et mon inconscient goûte la douceur d'une quiétude spectatrice.
Je revois, dans les images brumeuses du passé, ces sphinx énormes veillant sur les corps chétifs des Pharaons au repos; et mes yeux, bientôt, vont se clore de Bonheur quand je sentirais ce fragile félin soupirer d'aise contre mon ventre chaud.
Ecrire un commentaire