jeudi, 19 janvier 2012
Pucelle. Ou pas...
Jeanne d'Arc, vue d'ici, à Orléans, c'est un monument. Non pas seulement parce qu'il y a une imposante statue de la dite Pucelle, mais aussi parce que tout porte son nom. Rue, place, tabac, bistrot, impasse, commerce, cloche, et jusqu'au pompeusement fleuri rond-point. Alors, forcément, quand il y a les fêtes de Jeanne d'Arc, ici, ça fait son effet. Une Orléanaise potable incarne la dame, le temps d'un défilé, l'Evêque entame une procession assez solennelle, et ça picole un bon coup à la santé de la sainte qui permit qu'aujourd'hui, à Orléans, on hurle "et merde!" au lieu de "Shit!".
Seulement voilà, la sainte pucelle de Domrémy passerait presque de main en main pour devenir, non pas un symbole historico-folklorique de quelques bourgades, mais un symbole tout reluisant d'une politique française qui frôle le faschime de ça, à peu près (voir fig.1). Ca me fait bien marrer (voir fig.2) parce que, la Jeanne, elle a bouté les anglois hors du Royaume de France, il y a quand même un bout de temps.
Et je ne crois pas qu'on puisse encore compter de témoins vivants aujourd'hui, fort malheureusement. C'était à une époque précise, dans un contexte précis, et pour des raisons précises, tout cela échappant étrangement aux très actuels politiciens de tous bords et aux penseurs divers, connus et inconnus. Ce qui me permet de soulever au passage, une question réccurente aujourd'hui: Mais que font les Historiens?
Je ne m'attarderais pas plus sur la récupération politique navrante d'un symbole plus que d'une personne. Non. En fait, je préfèrerai m'étendre, avec votre permission, merci, sur les erreurs qui ont pu être dites autour de moi à ce sujet et qui ont froissé ma conscience (quasi) professionelle d'Historien (quasi) fini. C'est pour cela que je me fends d'un billet (voir fig.3), les auteurs des sus-dites erreurs, ayant du coup la possibilité de lire, contrairement au reste du monde, qui ira se faire voir si Dieu le veut (merci mon Dieu).
Parmi les diverses choses que j'ai vu ou entendu sur Jeanne d'Arc, il m'a semblé que, globalement, elle incarnait tout soudainement la lutte de la Femme et la remise en cause d'un système machiste. Je ne voudrai pas choquer les féministes de tous bords (vraiment tous) qui connaissent, de toutes manières, mon dégoût certain pour ce mouvement, mais il s'agit là d'une connerie assez peu valorisante de la conscience de l'Histoire, de la Pensée, et de ce genre de choses qui touchent aux sciences de l'esprit et n'apprécient guère qu'on les brandisse en arguments sans même en avoir saisi les principes. Alors disons le clairement, Jeanne d'Arc n'a rien, mais alors rien, mais vraiment rien à voir avec le Féminisme, les idées féministes, ou la lutte contre la société priapale.
D'abord, l'histoire de Jeanne d'Arc relève d'une bonne part de la légende et de la propagande. Elle savait monter à cheval, manier les armes, mener un siège ou en défaire, ce qui ne rentre pas dans les us et coutumes de la vie rurale au coeur du Moyen-Age. Qui plus est à Domrémy (faut pas pousser). Qu'elle ait entendu des voix ou non, chacun se fera juge et partisan, mais il est nécéssaire de comprendre que Jeanne d'Arc est une récupération politique extrêment bien menée de la part du Royaume de France. Certes, c'était une femme (les documents du procès l'attestent), certes elle a combattu pour le Roi de France, la Couronne, et Dieu qui, notons le, était inexplicablement du côté des Français. Pour l'amour universel, on repassera. Le moral des Anglais a été sapé, le Roi a retrouvé un beau morceau de son Royaume, et la Pucelle, devenue inutile, a brûlé, enterrinant le mythe et le symbole d'une France libérée. Notons que ce symbole, d'abord religieux, deviendra très tardivement un symbole de politique frontalière qui ira de pair avec le nationalisme naissant et entrentenu depuis lors, malgré sa nocivité.
Ensuite, Jeanne combat pour Dieu. Dieu, le christianisme, l'Eglise... Voilà les éléments de base d'une société médiévale où, croit-on voir aujourd'hui, la femme est la grande perdante. Alors, si Jeanne se bat, ce n'est pas pour combattre une société vue par d'aucuns comme machiste. Elle combat en étant persuadé de la justesse divine de sa mission et ne remet jamais, par aucun acte, en cause la société elle-même. Elle ne met pas au devant de la scène son statut de femme. Certes, la Guerre est une affaire d'Homme; les généraux sont des hommes. Jeanne va donc se vêtir en homme, se coiffer en homme, afin de ne pas perturber les choses comme elles ont été établies et comme elles fonctionnent plutot bien jusque là.
Enfin, l'anachronisme en a tué plus d'un. Et s'il ne l'a pas fait et que le temps se maintient, cela ne devrait pas tarder. L'Histoire nous commande de l'étudier avec la plus grande objectivité. Jamais les époques passés, les sociétés d'hier, et les personnages historiques ne doivent être étudiés et observés sous le prisme déformant de notre contemporanité. L'erreur réccurente est de consiédérer l'Histoire avec les valeurs, leçons, codes et règles actuels. Estimer que la société médiévale est machiste, c'est ne pas considérer tous les éléments ayant conduit à la construction de cette société, c'est la regarder sous l'oeil avec lequel nous regardons la notre. Si l'on se permet d'aller plus loin, c'est presque dangereux d'utiliser, de faire symbole, quand l'écart est si grand entre un fait passé et un problème actuel. Souvenons-nous du XXe siècle et de ce qu'ont opéré les récupérations et détournements.
L'Histoire ne répond à aucun autre devoir que celui de Vérité. C'est une science, et l'on se rappellera qu'au lieu de l'envisager comme un outil argumentaire, elle est avant tout synonyme de savoir, d'érudition, de compréhension et, en aucun cas, elle soutient une idée, ou devient l'argument d'une idéologie, quelle qu'elle soit.
dimanche, 24 juillet 2011
Le Petit Esclave
Sélène est le Petit Esclave d'Epictète. Ou d'Aristote. S'il est esclave, encore, c'est de l'avoir toujours été. Le Maître l'est car il maîtrise ses sentiments et ses émotions ; il a su acquérir, dans la Nature, ce statut. Sa position hiérarchique lui revient donc légitimement. Il ne laissera pas son jugement ou son esprit être entraînés par la passion, qui pourrait le conduire à une attitude irréfléchie.
Quand Sélène regarde derrière lui, et ses quelques années d'existence, sa poignée de vies, il y voit sa condition d'esclave. Oh, il y a bien d'éphémères moments où il fut Maître de lui-même, quand la situation était en pleine déliquescence. Mais, au fond de lui, il sait qu'il a toujours été vêtu d'un pagne, d'un collier autour du cou, rappelant sa condition, portant les paniers de fruits qui narguaient sa servitude. Pour le contentement consenti de ses maîtres successifs.
Mais nul ne le verra, nul ne le sentira, nul n'envisagera les choses comme Sélène peut désormais les réaliser. Et pourtant, en pleine connaissance, désormais, de la Vérité, tout continuera ainsi. Car il ne peut en être autrement de l'âme, quand elle est formée. L'esprit peut changer. Avec le temps il pourrait même prendre le pas, l'autorité sur l'âme. Ainsi tout deviendrait meilleur, mais le coeur se durcirait atrocement, devenant cette plaque de marbre dressée devant la mer. Sélène ne serait plus cette harpe qui résonne au moindre souffle, qui vibre à la moindre brise, qui se redresse au moindre parfum.
vendredi, 22 juillet 2011
Erratum
J'ai, récemment, dit ceci:
"Je saurais tout accepter par amour".
Je me trompais. Oui ; car j'ai confondu, et j'en ressens l'amère douleur, l'acceptation sage et l'endurance blessante. Aussi va-t-il falloir rétablir la vérité ; mais comment? En corrigeant juste la phrase ou en me décidant à comprendre, dans toute son ampleur, l'impact de mon erreur?
J'ai très largement présumé de mes capacités. Non, je ne suis pas capable de tout accepter par amour. Mais je suis capable de tout endurer. Cette dernière vérité n'est dès lors plus inspirée par l'amour, bien qu'il soit tout de même la condition évidente et nécessaire à l'application de cette vérité. Je réalise que le sens profond, ici, de tout ce que j'endure, volontairement, c'est l'autodestruction que je me porte. Souffrir, encore et toujours. J'ai trouvé, inconsciemment, une source de souffrance et de douleurs et je m'y lance de toute mon âme.
Toute? Non, si j'y réfléchis. Non. Une partie de moi encore, consciente, se rebelle. Elle commence lentement à refuser que je me condamne à m'attribuer le supplice de Prométhée. Et elle réalise également que la responsabilité de cette souffrance ne me revient pas entièrement. Si je la cherche, inconsciemment, il y a aussi son point d'origine : l'égoïsme destructeur d"un autre qui agirait comme un tyran gardant les mains propres.
Alors, désormais, je peux me rétablir, en toute conscience des choses, une vérité qu'il serait bon que je n'oublie pas:
"Je saurais tout subir par amour".
mercredi, 04 août 2010
Le Prince sur la Branche
Il était un Prince qui s'ennuyait, le regard plongé dans son cocktail de Gin et de Violette. Dans sa chevelure brune, quelques cheveux blancs flottaient. Traces de Lune. Demain, il aura sûrement quelque chose à faire, quelqu'un à aimer pour de bon. Mais maintenant, à cet instant, il s'affale, déchiré dans ses pensées. Quel mouvement faire? Quelle pensée avoir? Quelle est cette fatigue qui ne concerne en rien le corps? Pourquoi tout est lourd? Les quelques images des êtres aimées, seules, l'allègent. Et puis, il y a le chat, boule noire et soyeuse, élégante parfois.
Le Soleil darde de ses rayons, parce qu'il n'a pas grand chose d'autre à faire. Sur un carré de Lumière, au sol, le chat s'étale de toute sa longueur, révélant une fourrure plutôt brune que noire. Il y a une musique dans la pièce, une anglaise qui chante combien l'Hiver lui manque.
Les draps chauffent lentement quand les êtres aimés sont absents. Les, oui. Le Harem désiré, cet idéal immoral et fantasmé. Il n'y a, en son sein imaginaire, que des gens beaux et bons; des corps dessinés, des esprits rieurs, des intelligences, des charmes, de noires chevelures masquant le regard ou des crinières aux couleurs de soleils.
Ah, le Soleil.
vendredi, 23 juillet 2010
A bientôt, Lou
Poèmes à Lou
XXIII
Quatre jours mon amour pas de lettre de toi
Le jour n'existe plus le soleil s'est noyé
La caserne est changée en maison de l'effroi
Et je suis triste ainsi qu'un cheval convoyé
Que t'es-t-il arrivé souffres-tu ma chérie
Pleures-tu Tu m'avais bien promis de m'écrire
Lance ta lettre obus de ton artillerie
Qui doit me redonner la vie et le sourire
Huit fois déjà le vaguemestre a répondu
« Pas de lettres pour vous Et j'ai presque pleuré
Et je cherche au quartier ce joli chien perdu
Que nous vîmes ensemble ô mon cœur adoré
En souvenir de toi longtemps je le caresse
Je crois qu'il se souvient du jour où nous le vîmes
Car il me lèche et me regarde avec tendresse
Et c'est le seul ami que je connaisse à Nîmes
Sans nouvelles de toi je suis désespéré
Que fais-tu Je voudrais une lettre demain
Le jour s'est assombri qu'il devienne doré
Et tristement ma Lou je te baise la main
mardi, 20 juillet 2010
Close to the River
The Tower walls at midnight burn,
With fraught desire - the rocks beneath,
Are sharp, and wet with fictions blood.
Someone leaps, the other turns ... but who is who.Forget what you want, but
Don't forget the link that grew me.
That travels deeply,
Through me in the form of every
Thought that I think.
The Loathing and the Love,
Bubbling together at the
Brink of my emotion.
This commotion started
Long before my face was ever
Etched into the Wall of time.I have both your madnesses inside.
I am in constant disagreement with myself.
But I cannot leave me.
You both cannot leave me,
nor one-another, believe me!
I am the ring that won't slip off with soap.You've broken the armies inside me,
And now they stand poised and opposed ...
Now there is blood.
Now there is love standing, covered in glory,
and honour lies covered in mud.You and I, Ma, we built too close to the river.
Look at us washing our minds free of fever.
Brushing off bird shit and bad dreams forever.
And never once turning the tide.Thank you for pains and concerns
That have made me, In turn more
Unhappy and kind.I am proud to remind them of you.
Anno
samedi, 26 juin 2010
Geoffrey
Il est Il miele dentro la leonessa, le miel de la lionne. La douceur dans les yeux, le sourire aux crocs, la folie dans la crinière, et les griffes du chagrin.
Parce qu'il y a, enfouie, une tristesse de douleurs et de chagrins, de résignations et d'espoirs vains. Pas de lueur, pas la peine d'en chercher. Juste un ricanement. Cerbère laisse entrer, mais rien ne ressort. Ce chagrin est fécond de larmes et de colère que l'on se refuse simplement à imaginer. Par crainte de ne rien en supporter.
Et pourtant, tout autour, il y a une douceur sucrée. Des rires aussi. Partout. L'envie de Tout, et des gestes en tous sens, à en avoir le vertige. Le miel de l'ivresse, ou la course folle. Il y a des baisers volés, et ils s'empresse autour des lèvres, il s'attarde dans la nuque. Ses doigts couvrent de sucre.
D'un corps chaud et des yeux qui brillent, oh, je tombe amoureux. Il s'épuise, encore plus heureux. Il est là, tout contre, au sommeil lourd et berçant, longs soupirs de joie assoupie. On aimerait être qu'à deux, mais c'est un espoir sacrifié sur l'autel de l'instant.
Enfin, il y a, pour écrin de ses sens, les draps chauds, le soir, en rendez-vous avec le Chat Noir. Le Roi Sommeil est beau. Doux. Et sucré.
samedi, 24 avril 2010
Matthieu
Plonger dans le regard de Matthieu, c'est danser au Champagne dans des chaussures de Feu; c'est aimer avec hargne et des Larmes dans les yeux. Et ils pétillent. De joie, d'ivresse, de folie, d'euphorie.
Vaporeux Loup d'Argent, dans le sexe, la drogue et l'alcool. Et le tabac encore, encore, qui s'envole comme l'humeur. Et mourir un Dimanche, mais pas avant que je t'emmène dans la Lune, les yeux ouverts, dans un Sommeil de plomb.
Sauvage Agneau Blanc, visage de mes nuits. Quand l'innocence et la fatigue le cernent, quand il se dit que ce n'est pas ce soir que nous mourrons, pas ce soir que nous serons séparés, que mon coeur se fera vide et froid.
Il a le pas d'un homme enlevé, le pas d'un homme qui masque. Et parfois, il a ce sourire d'enfant. Un sourire qui se prolonge sur ses yeux et qui les rend rieurs, fous d'amour, et qui peuvent nous demander de décrocher la Lune ou plus loin encore. Quand on croit que ses promesses jamais tenues deviennent réalisables.
Il me fait l'Amour et l'Enfer, terrassé par la peur, magnifié par l'effort. Le corps est l'arme du plaisir et l'âme en soupire. Corps endormi, écrin de tendresse et de tourments. Corps maudit et tentant. Fascinant. Dévorant. Rouge de Passion.
Matthieu est l'Origine du Trouble, le Monarque pauvre et fou, l'Imprévisible et l'Imprévu, la Surprise et la Déception, enivré par l'Amour, Chaud comme le Premier Jour. A travers lui, la Fumée bleutée, le Café noir, la Nuit blanche. Il m'est un peu de poudre dans une veine bleue, un coup de foudre prêt à quitter les lieux, une étoile en pleurs filante aux fond des yeux.
Matt, l'Exilé du miroir et de l'électronique musique du soir. Le tyran de mon bonheur, mon amant destructeur.
samedi, 10 avril 2010
Retour à moi.
Il y a des moments de bonheur parfait, quelque fois dans la solitude, dont le souvenir plus que n'importe qui d'extérieur peut, en cas de crise, vous sauver du désespoir. Car on sait qu'on a été heureux, seul et sans raison. On sait que cela est possible. Et le bonheur, qui vous semble si lié à quelqu'un lorsqu'on est malheureux par lui, si irrévocablement, organiquement presque dépendant de lui, vous réapparait comme une chose ronde, lisse, intacte et à jamais libre, à votre merci.
Françoise Sagan

